Un petit tour à la pref de Lille le lundi matin ou" Les 12 travaux d'Astérix"
A la demande de son avocate, j'ai accepté d'accompagner Mme X de nationalité Y à la pref de Lille.
Mme X est en France depuis 26 ans, elle a toujours été en situation régulière sur le territoire français , elle a un travail et possède sa maison, elle veut devenir française et comme elle dit :"Je
me sentirai plus tranquille comme ça . "
Elle a déjà demandé la nationalité française ,voici quelques années, mais on l'accuse d'être polyandre, ce qui est faux. En fait, elle a eu un mariage religieux dans son pays d'origine, il y a très
longtemps, mariage de tradition oral, rompu par tradition orale trois ans plus tard.
Elle est allé dans son pays pour fournir toutes les preuves de ce mariage et divorce non actés.
Avec elle, avant d'aller à la pref, j'ai vérifié et rangé tous les papiers, originaux , copies et traductions d'actes, j'ai joint un courrier explicatif concernant ce premier mariage. Je n'ai pas
l'habitude des naturalisations, mais qui vivra, verra .
Nous nous sommes donné rendez-vous à la pref le lundi 30 janvier 2006.
Je l'ai rejointe vers 8H15 ce matin -là, il faisait - 5°. Mme X était arrivé vers 6H du matin, elle était en deuxième position.
La pref se trouve à l'angle de deux rues, d'un côté il y a la file des demandeurs d'asile et de l'autre les demandes de naturalisation en file indienne derrière des barrières. Le nombre de tickets
étant limités, il faut arriver tôt pour être sûr de passer. J'imagine que certains devront revenir !
Un policier est en faction devant la porte, il a froid lui aussi.
Le personnel de la pref arrive peu à peu, ils adressent un bonjour au policier, mais aucun n'a ni regard, ni bonjour pour les gens qui attendent dans le froid.
Vers huit heures trente, le policier fait rentrer les demandeurs d'asile, ils s'avancent en silence toujours en file indienne, les visages sont fermés, glacés, anxieux . Mon cœur se serre, j'ai
l'impression de voir défiler devant mes yeux toute la misère du monde. Ils sont 20 environ, je calcule que selon les chiffres officiels , seulement 4 auront leur statut de réfugié, et les autres
??? Galère, galère pendant des mois, puis des années . Des sans-papiers .
Nous avançons enfin avec Mme X, il faut prendre un ticket qu'il faudra rendre en sortant.
Nous sommes reçu dans un bureau au premier étage par un monsieur poli et correct, on ne lui en demande pas plus. Il vérifie un à un tous les papiers. Les traductions ne sont pas valables car il
faut un traducteur assermenté français et pas marocain, il manque aussi une ou deux autres pièces concernant un kafhala. Il agrafe tous les papiers qui sont bons et fait la listes des pièces
manquantes.
Il faut revenir, mais Mme X me dit qu'elle est contente, on n'est pas tombé sur le "méchant". Elle ajoute : "Le méchant, à chaque fois, il dit, "vos papiers, ça ne va pas, je ne peux pas les
prendre", c'est pour ça que j'ai été chez l'avocat, je ne savais plus quoi faire."
Lundi 6 février 2006
J'arrive à huit heures 20, Madame X attend, elle est première ,cette fois, elle est arrivée à
5 H30 , il fait moins froid. Derrière elle, la même dame que lundi dernier. On se reconnaît, on se sourit .
-
- Ah, il vous manque des papiers à vous aussi !
Nous engageons la conversation, nous ne sommes pas congelé comme la semaine dernière.
Elle me dit que quand elle est arrivé en France voici plus de vingt ans, elle ne savait pas où s'adresser, elle a beaucoup galéré, mais elle s'en est sorti, sa fille termine ses études d'infirmière
et son fils ses études d'ingénieur. Je lui dis qu'elle peut vraiment être fière d'elle, qu'elle a vraiment du mérite.
Elle me raconte qu'avant d'avoir ses papiers, elle avait rêvé quelle était morte et qu'en arrivant au ciel, elle criait: "Je ne peux pas entrer, je n'ai pas de papiers ."
Nous rentrons après le défilé des demandeurs d'asile. Ticket. Etage .
Celui ( surnommé"le méchant", je le saurai après. ) demande le ticket de Mme X et l'invite à rentrer, je la suis en expliquant que je suis de la Cimade et que j'aide MmeX à constituer son dossier.
Il me dit d'un ton froid :" Ah, non, Madame, je ne peux recevoir qu'un personne à la fois, PLAN VIGIPIRATE." Je réponds que la semaine dernière, je suis rentré dans l'autre bureau sans
problème.
-"Bon, dans ce cas-là, je demande à mon chef ."
C'est la "chève" qui nous reçoit, elle dégrafe tous le dossiers que le monsieur de la semaine dernière avait agrafé. Je lui dit que ce monsieur nous a dit que les pièces agrafées étaient bonnes.
Elle réponds sèchement qu'elle doit tout vérifier quand même.
Cette fois, c'est le certificat de décès du père de Madame qui n'est pas bon. "Il faut un acte, pas un certificat". Sur un certificat, il n'y a pas la date de naissance, il n'y a que la date de
décès.
"Je vous rends tout. "
Elle ne vérifie rien d'autre et nous salue.
Nous reviendrons la semaine prochaine, Mme X me dit qu'elle a chez elle un acte de naissance de son père avec la mention "décédé".
Le policier bien aimable qui était en faction ce jour-là nous dit au-revoir, je lui lance :"A la semaine prochaine !" Il faut bien humour garder.
Rendez-vous dans la semaine pour remettre le dossier en ordre, re vérifier !
Rendez-vous lundi 13 février à la pref. Troisième épisode .
JE NE LACHERAI PAS L'AFFAIRE . JE LES AURAI UN JOUR ! JE LES AURAI !
A suivre ………………..
Lundi 13 février 2006
He ben non !On s'est encore fait jeter.
Comme dab, on a fait la queue au 171. Il pleuvinait et il faisait 0°.
A 8H35, le policier de service est venu dire au demandeurs d'asile que personne n'était arrivé et qu'ils devaient attendre.Il a fait rentrer les demandes de naturalisation.
Mme X était n° 1 et nous sommes monté au premier où une dame assez sympa et humaine nous a reçu.
Elle a demandé pourquoi le dossier était complètement défait alors que son collègue l'avait agrafé. J'ai répondu que sa chef avait voulu tout vérifier.Elle a eu l'air contrariée.
Donc, elle a dû revérifier les papiers un par un.
Il y a des originaux d'actes, des traductions et des copies.(3 à 4 centimètres de papier en hauteur).
Mme X a du mal à s'y retrouver quand on lui demande un papier.
La dame de la pref s'énerve un peu et nous dit qu'elle ne peut consacrer que 20 MN par personne.
Je commence à m'énerver. Je lui fait remarquer que si elle avait devant elle des papiers en arabe, elle serait sans doute aussi lente que Mme X qui n'est pas forcément une intellectuelle et qui
n'est pas forcément à l'aise avec l'écrit. J'ajoute que 20Mn avec chaque personne, c'est faux car on fait revenir les gens 3 ou 4 fois et dans des conditions honteuses.(J'ai vu en descendant des
gens au guichet à qui on disait qu'ils ne pouvait avoir de ticket car les fonctionnaires ne pourraient plus aller déjeuner.)Ce serait mieux de passer du temps la première fois et d'éviter les
erreurs.
Cette dame est apparemment humaine et semble un peu gênée de cet "accueil".
Elle nous dit en excuses que lorsque les gens viennent chercher un dossier, elle coche les papiers à rapporter sur la liste, ce que ne font pas d'autres préfectures.
Le premier acte de mariage de Mme X n'est pas original, c'est une copie. Je ne l'avais pas vu car les deux autres fois, on ne nous a rien dit sur cette acte. J'avais seulement vérifié les papiers
manquants.
Arrive "le méchant" qui reconnait Mme X, ce monsieur s'y croit, c'est clair. Il est imbu de cette misérable parcelle de pouvoir dont il se pare , il se sent fort et puissant.Si je n'étais en
colère, il me ferait pitié.
Je demande quand même pourquoi on a obligé Mme X à aller chercher au Maroc un acte de mariage et un acte de divorce de sa première union,( actes datés 30 ans après) alors que c'était un mariage
religieux de tradition orale et qu'au regard du droit français, elle n'était pas mariée.(mariage contracté à l'âge de 16 ans et rompu à 19 ans avec un enfant )
Comme c'est"le méchant" qui a demandé ces actes a posteriori. Il me jette que sur l'acte du deuxième mariage, c'était écrit qu'elle était divorcée.Je réponds que c'est impossible puisqu'elle
n'était pas mariée.Il me jette:" si,si c'était écrit, c'est pour cela que j'ai demandé les actes du "premier mariage". Il ajoute du reste :"il y a eu deux ou trois mariages peut-être, je ne sais
plus !" avec un mépris non dissimulé.
Je dis à Mme X qu'il vaut mieux y aller et qu'on allait refaire le point, car je veux tout vérifier.
Nous rangeons tous les papiers et nous sortons, je ne sais si nous avons eu nos vingt minutes réglementaires.
En sortant, nous allons boire un café en face, je suis consternée et Mme X aussi.Elle me dit qu'elle va retourner voir son avocat, mais qu'elle est découragée.
Je lui demande si elle veut vraiment être française,elle ne sait plus.
Je comprendrais qu'elle abandonne, mais en même temps, je suis en rage et je crois que tout est fait pour décourager les gens ,j'en suis persuadée.
Ces gens -là ne sont pas digne du salaire financé par le contribuable français. Ils se réclament de la charte Marianne , mais n'ont pas le respect des citoyens...A moins que les étrangers ne soient
pas des citoyens.. question à poser au ministre de l'interieur et ses préfets.
C'est honteux de faire revenir les gens tant de fois dans des conditions pareilles.Et pourquoi, on ne leur dit pas une bonne fois pour toute, tous les papiers qui ne vont pas ?
Et pourquoi ces gens qui sont fonctonnaires, casés à la pref ne savent même pas dire bonjour en passant?
J'ai la rage...même si il y a pire, c'est vrai... Mme x n'est pas dans une situation dramatique, c'est clair.
J'ai bien vérifié le deuxième acte, je ne vois pas mention d'un quelconque divorce. Je vais contacter l'avocat car c'est en effet complexe.
Je me demande si ce mariage acté a posteriori n'est pas un piège à cons dans lequel on aurait embourbé Mme X.
peut-être à suivre !
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