En cette période de carnaval qui est particulièrement fêté, ici, en Belgique , me revient cette histoire de confetti et ce
confetto qui m'est resté en travers de la gorge. (Un confetto ,en italien, c'est une dragée
)
Février 2000, j'étais directrice d'une petite école maternelle à Lens .
C'était un quartier dit défavorisé dans une ZEP, ZUP, et pour ceux qui connaissent la ville de Lens, la ZUP est vraiment excentrée, loin du centre ville où les seuls lieux de vie sont la
galerie marchande, le centre culturel et les écoles où l'on retrouve toujours les mêmes gens. Ce n'est pas très beau, les gens sont pauvres, beaucoup au chômage, il y a beaucoup de familles
monoparentales et ,ou nombreuses.
Au milieu de tout cela, quelques écoles maternelles et élémentaires, ainsi qu'un collège et un lycée où une poignée d'enseignants essaient de leur mieux de donner le goût d'apprendre aux enfants
qui leur sont confiés.
La petite école où je sévissais, était une petite structure sympathique et familiale, nous étions trois enseignantes, deux aide-éducatrices, une ATSEM et une femme de ménage qui venait le matin
et le soir en dehors des heures de classe. Nous étions une équipe de collègues qui s'entendaient bien tant au niveau professionnel, qu'amicalement.
Nous pensions faire du bon boulot avec les petits et notre entente et notre bonne humeur ajoutait , je pense à la bonne ambiance dans l'école.
Pourtant, ce n'était pas toujours facile. En quatre ans, j'ai connu onze cambriolages, neuf cas d'inceste, sans compter les cas d'enfants battus ou vivant dans une ambiance malsaine.
Cependant, concernant les familles, je garde un souvenir ému de beaucoup. Je me souviens de ces nombreux cadeaux souvent kitch et bon marché que les enfants nous apportaient tout fiers à la fin
de l'année , tous ces petits mots gentils qui effaçaient les autres conflits,les papas, les mamans qui espéraient que peut-être leurs enfants auraient une autre vie que la leur, les sourires des
enfants, les joies partagées avec les collègues, les projets menés en commun pour donner du sens aux apprentissages.
Mais, voilà que cette année 2000, j'étais en stage à Outreau pour quatre semaines,et je passais à l'école trois à quatre fois par semaine, directrice oblige .
Mes collègues préparaient la fête du carnaval qui est un temps fort et riche en exploitations pédagogiques, langage, mathématiques, arts plastiques, développement de l'imaginaire, éducation
motrice , participation des parents etc….tout cela sans paler de l'aspect festif et de la joie de préparer cet événement qui est l'aboutissement d'un vrai travail scolaire.
Ce jour de la fête arriva donc et se passa très bien, enseignants, parents et enfants étaient tous très heureux.
Je suis arrivée à l'école et j'ai trouvé mes collègues fatiguées et contentes. La salle de jeux était recouverte de confettis évidemment.
Il semblerait que ce soir-là, après que nous fûmes parties, une adjointe au maire de Lens soit passée dans l'école où s'affairait la femme de ménage. Celle-ci n'était pas une mauvaise femme, mais
elle causait, elle causait, elle causait ...... et toute à la joie de voir cette adjointe et de pouvoir s'épancher, elle s'est beaucoup plainte du travail qu'elle avait ce soir-là et a montré
qu'il y avait des confettis partout, dans toute les classes et jusque dans le dortoir des petits. Nous n'avions pas jeté de confettis dans ces lieux, mais forcément, en se déplaçant dans l'école
pour aller ajuster les déguisements, nous en avions transporté quelques-uns çà et là . ........... ............ .................
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C'est alors que, revenue dans l'école, après mon stage, je reçois un courrier envoyé à toutes les écoles par la ville de Lens et interdisant les confettis par respect pour le personnel communal
de nettoyage.
Ce soir-là, j'interroge la femme de ménage à qui je n'aurais jamais demandé un travail supplémentaire et à qui je n'aurais certainement pas reproché la présence de reste de confettis le lendemain
du carnaval. J'avais de bonne relation avec elle et elle savait qu'elle pouvait toujours me parler s' il y avait un problème avec le nettoyage. Du reste, la présence de confettis après le
carnaval était la trace éphémère d'un événement vécu et ne pouvait qu'être intéressant d'un point de vue éducatif pour reformuler et se remémorer les faits.
Comme nous avions notre conseil d'école juste à cette période, nous avons décidé ensemble de faire un courrier au maire de Lens pour dire notre étonnement par rapport à cette décision d'interdire
les confettis.
Notre ATSEM qui était toujours partie prenante de nos projets et de nos actions participa à ce conseil et signa le courrier avec les enseignantes. Ce courrier où nous avons exprimé nos
convictions que ce projet réalisé de carnaval était positif pour nos élèves et que le problème du balayage des confettis n'était pas si grave, que d'ailleurs, les enseignantes de maternelle ne
sont pas les dernières à mettre la main à la pâte lorsqu'il y a trop de bazar suite à des activités salissantes.….Nous avons joint à notre courrier des photos d'enfants joyeux le jour de la fête
et un petit mot rédigé par la classe des grands pour dire leur joie de cette fête .
Mal nous en prit !
Cette lettre et ce compte rendu du conseil d'école me sont revenu en pleine figure.
J'hallucine encore, tellement, c'était une histoire idiote.
J'ai donc d'abord reçu ce courrier du maire de Lens : 3/03/2000
" Mes services m'ont rapporté que vous étiez personnellement choquée par la lettre de la municipalité à propos de l'autorisation d'utiliser des confettis dans les écoles à l'occasion du
carnaval.
Vous estimez qu'il s'agit là d'une atteinte aux activités pédagogiques qui sont du ressort des enseignants.
Je partage totalement votre point de vue à condition que votre conception pédagogique aille jusqu'au bout de votre démarche, c'est à dire : "Qui salit, nettoie "
En effet, si je considère que le personnel d'entretien doit assurer une mission de salubrité dans l'intérêt des enfants et des enseignants, il y a bien longtemps que j'ai souscrit aux lois
abolissant l'esclavage ……………."
Signé G D
Première lettre sympathique à me prendre dans la tête. (J'ai toujours pensé ensuite que le maire de Lens lavait son linge sâle lui-même
)
Même période,I.... l'ATSEM, dame de plus de 60 ans, proche de la retraite, fidèle de l'école depuis très longtemps, quasiment jamais absente, arrive à l'école avec une lettre du maire de Lens que
je cite :
" J'ai reçu le 3 mars 2000 un courrier signé par les enseignants, les parents, ….et le personnel d'entretien de l'école à propos de l'autorisation d'utiliser des confettis dans l'école.
Au titre de cette dernière catégorie figure votre signature. 21/03/2000
Bien qu'ayant obtenu la possibilté d'assister au conseil d'école, je vous rappelle les dispositions de l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des
fonctionnaires.
Ainsi, si le statut affirme le principe de liberté d'opinion, il n'en demeure pas moins que cette liberté est necessairement assortie de l'obligation de réserve qui s'applique à tout agent
public.
Je constate que vous n'avez pas répondu à cette impérieuse necessité en signant..
Je vous invite à l'avenir à respecter les dispositions de la loi ..faute de quoi je ne manquerai pas de prendre à votre égard les mesures qui s'imposent……….
Signé G D
Elle était particulièrement choquée et moi, écoeurée……… Des menaces pour des confettis .
Que de bêtises humaines chez certains élus !
Que de bassesses !
Je n'ai pas répondu. J'ai décidé de demander mon changement d'affectation, c'était justement le bon moment pour les mutations.
Mais, l'affaire ne s'est pas arrêtée là.
Le mois suivant, je reçois une lettre de mon inspecteur d'académie, alerté par son ami le maire de Lens sur cette scandaleuse affaire du confetto où de méchantes enseignantes ont osé lui
répondre.
Je ne cite pas l'entièreté de la lettre, mais un passage : 23/03/2000
"Le conseil d'école n'a pas à connaître de ce qui relève du domaine organisationnel de la vie de l'école et des rapports interpersonnels.
Dans ce cas d'espèce, le Maire vous l'ayant écrit et Mme C..adjointe ayant rappelé l'existence d'un arrêté municipal, rien ne vous autorisait à transgresser ces dispositions réglementaires,
applicables à tous les membres de la communauté éducative…
Enfin, je trouve inadmissible de joindre à votre courrier une lettre des enfants qui n'ont pas à être utilisé de la sorte.
Je vous invite donc à être plus responsable …."
Signé JC F
Le premier avril suivant, je suis arrivée à l'école avec une lettre dans la main et une mine déconfite, j'ai dit à mes collègues et à I.... l'ATSEM que j'avais reçu une lettre du ministre de
l'éducation nationale, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire à ma blague idiote.
Heureusement que j'ai de l'humour, car il en faut dans l'éducation nationale.
L'année suivante, j'avais eu ma mutation à Liévin, par la même occasion, j'avais une promotion car je me retrouvais directrice d'une école à 7 classes et 8 l'année suivante.
En 2001, nous avons toutes fêté la retraite d' I ….. de Lens, il n'y avait pas de confettis, mais nous avons gardé de bons souvenirs des années "Lens" . ( Il va sans dire que I.. n'est pas allé à
la cérémonie des retraitées de la ville .)
Pourtant, je n'ai jamais retrouvé la chaleur et l'ambiance familiale de ma ptite
école de la ZUP de Lens.
vos honorables contributions